Mercredi
Ce matin, comme tous les matins le soleil éclaire le campement de ces rayons bienfaisants, les nuits sont froides dans les déserts en cette saison.
Sur les braises tièdes du feu de la veille, des brindilles sèches et quelques branchages posés dessus en mikado suffisent à faire repartir les flammes.
Le pauvre Hamoud a gémi toute la nuit. Il a toussé à s’en arracher les poumons. J’ai bien peur qu’il aille très mal. Les gens du désert sont très résistants et j’espère de tout cœur qu’il va s’en sortir et retrouver sa monture égarée.
Pauvre homme ! Nos guides, chameliers et cuistot sont très attentionnés envers Hamoud. Il vient de prendre un thé bien chaud, un doliprane plus une bonne friction, ce qui va le soulager en attendant Qandouis, son cousin, qui est parti ce matin prévenir le garde du Parc pour le conduire à l’hôpital de Djanet. Nous ne partirons que lorsque Qandouis sera revenu afin de ne pas le laisser seul.
Ali nous dit qu’il y a deux hôpitaux à Djanet : Le plus ancien au centre ville et l’autre très moderne situé dans la ville haute. Ils sont gratuits, l’enseignement aussi. Par contre les médicaments sont payants. Pour ceux qui travaillent, ils ont une assurance qui paie les médicaments.
Un exemple de prix : pour 1 euro, ils ont 10 baguettes de pain.
Matinée de marche entre 9 h et 12 h 15. Nous traversons le canyon d’Assassou et arrivons dans le magnifique site de Tililine. A perte de vue, boules de grés, dunes ou blocs de granit animent la plaine.
Les coins de bivouac sont toujours choisis en fonction des pâturages pour les dromadaires. Parfois, les braves bêtes, même entravés, s’éloignent du campement ce qui oblige nos jeunes chameliers à partir, assez loin pour les retrouver. Etre chamelier n’est pas de tout repos. Heureusement nos deux amis Hamdi et Bubka ont moins de 20 ans.
Même rituel 3 fois par jour : d’abord il faut les décharger, les entraver, puis après le repas ou la nuit : les retrouver, les charger et repartir.
Pour nous pas besoin de courir après le pâturage. Nous avons le cuistot à côté, pour eux…la pitance il faut aller la chercher.



Le bivouac du midi est bien à l’abri situé entre deux « châteaux de pierre », avec, en toile de fond de superbes dunes. Les bêtes ont de quoi se nourrir. Sieste à l’abri des pierres et des petits massifs herbeux à l’abri du vent.
Pendant la sieste, un homme en 4 x 4 est venu nous ravitailler, il va prendre Hamoud. Les chauffeurs font du même coup, l’intendance et le « SAMU ».
Qandouis – Ali (guides) – Ouarzarane (cuistot)
Il fait frais lorsque nous reprenons la marche à 14 h 30. Le vent n’a pas fait la sieste ce qui nous oblige à mettre une polaire et, pour certains, les bonnets, quant à moi je reste fidèle au « chèche ».
Nous faisons une pause tout en haut de la dune afin de voir passer notre caravane sous une arche. C’est merveilleux, la caravane semble minuscule.


Nous passons parfois dans des passages étroits, véritables défilés entre des massifs rocheux où règne une grande fraîcheur et où nous découvrons gravures et peintures rupestres érodées par le temps et le vent.
Chaque soir vers 17 h, nous rejoignons le campement où un thé brûlant accompagné de biscuits et de cacahuètes nous attend. Très bon moment autour du feu. La journée est terminée. Chacun exploite ce moment pour photographier, écrire en admirant le paysage, se reposer en écoutant de la musique.
Ouarzarane s’affaire à la cuisine, ici pas de plaque induction, mais à l’abri du vent…il s’est improvisé un petit réduit où les 2 bonbonnes de gaz et réchaud ont pris place. Super intendance et organisation.
Avec la nuit, le silence vidé parfois du souffle du vent, estompe les fatigues de la journée. Cette quiétude même si parfois la fumée nous fait pleurer…est bienfaisante. L’odeur de la chorba (soupe) et du ragoût, mêlées à celle de la « taguella » qui cuit sous les braises nous donnent un avant goût du repas.
Pour nos porteurs « les dromadaires » les voilà qui se délectent de petits massifs herbeux et d’acacias. Les campements se font cette semaine en fonction des pâturages. Ce soir ils ne sont pas très loin du campement, d’où concert de gargarismes et de bruits assez incongrus. Ils ont un port de tête très élégant et un regard très langoureux, leurs grands yeux bordés de superbes cils en font de sacrés séducteurs ! Attendrissant, le plus jeune, de couleur blanche, est mon préféré.
Fini le crépitement de nos pas sur les plateaux de grès, le clapotis de l’eau dans la gourde. Il ne reste que le crépitement du bois qui brûle et le froissement des corps dans les duvets.
Quelques instants plus tard autour du feu, les conversations s’animent autour de la confection de la taguella, cuisant sous la braise, les yeux brillent et pleurent aux caprices d’une fumée « tournante », le soleil a coloré nos visages et nos nez rougis font concurrence aux clowns. Après le repas, la fatigue nous fait regagner les tentes. L’équipe reste encore un long moment à palabrer autour des dernières braises. L’absence totale de sons révèle la présence d’un silence d’une incroyable quiétude.